les èlections

les èlections
Le parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) appelle à boycotter les élections du 25 octobre 2009 et à la mobilisation du peuple tunisien pour conquérir ses droits et mettre fin à la dictature

(Traduction de l'arabe)

Introduction

A quelques semaines des élections présidentielles et législatives du 25 octobre 2009, les conditions minimales pour la tenue d'élections libres et transparentes sont absentes. Il est évident qu'aucun changement ne viendra modifier cette situation durant la période restante. L'ensemble de l'opposition s'accorde sur le fait que les conditions dans lesquelles se dérouleront ces élections sont pires que celles des élections précédentes. Ces élections ne seront en aucun cas la consécration de la volonté du peuple tunisien. D'ailleurs, convaincu de l'absence de tout enjeu, ce dernier observe une totale indifférence vis-à-vis de cette échéance.

Avant de nous prononcer sur la participation ou le boycott des élections, nous avons cherché, tout au long des derniers mois, à persuader les composantes de l'opposition de la nécessité de se rassembler et d'adopter une attitude commune. Une attitude qui donne la priorité à la lutte pour imposer des conditions minimales pour des élections libres et transparentes. Mais les différentes évaluations de la situation politique et les calculs des uns et des autres ont empêché la réalisation de cet objectif. Ainsi, l'opposition affronte aujourd'hui cette échéance les rangs dispersés, incapable de s'entendre sur une position unitaire qui lui permettrait de renforcer sa position sur la scène politique, développer son influence au sein du peuple et préparer les conditions pour affranchir le pays du joug de la tyrannie et de la dictature. Aujourd'hui, il est devenu indispensable pour nous d'annoncer publiquement notre position des élections d'octobre prochain.

Nous allons exposer dans ce texte notre position vis-à-vis des élections à venir, après avoir analysé les conditions dans lesquelles elles vont se tenir et répondu à certaines idées développées lors des débats qui ont animé la scène politique sur le sujet.

1- Un climat politique verrouillé caractérisé par la répression

La situation politique actuelle se caractérise par la répression systématique des libertés individuelles et publiques. Une répression qui n'épargne aucune classe ou couche populaire, ni aucun courant idéologique ou mouvement politique, qu'il soit reconnu ou non. Les classes et les couches populaires subissent de plein fouet le poids du chômage, la pauvreté, la marginalisation, les maladies et l'ignorance. Leurs conditions de vie se sont encore aggravées avec la crise économique actuelle. Sur un autre plan, elles sont victimes d'une répression généralisée et systématique et privées du droit de s'exprimer librement sur les sujets qui les concernent, qu'il s'agisse de politique intérieure ou de politique étrangère. Le peuple tunisien est privé du droit de défendre ses intérêts et ses aspirations et de protester contre les injustices qui lui sont infligées. Les événements qui se sont déroulés dans le bassin minier l'année dernière et la brutalité de la réaction du régime policier de Ben Ali témoignent de la relation qu'il entretient avec la population. Il n'a pas hésité à tirer sur des manifestants désarmés qui revendiquaient pacifiquement le droit au travail et à une vie digne.

Les partis reconnus n'arrivent même pas à organiser une réunion dans un espace public, ni même dans leurs propres locaux parfois. Par d'ailleurs, ils se trouvent incapable d'assurer la distribution de leurs journaux toutes les semaines. C'est la police politique qui décide, avec brutalité et à l'abri de tout contrôle, quand et avec qui ils peuvent ou pas se réunir et quand ils peuvent distribuer ou pas leurs journaux. Sans parler des agressions physiques subies par leurs cadres et dirigeants, de la multiplication des poursuites judicaires reposant sur des accusations montées de toutes pièces à leur encontre et des man½uvres du régime pour les déstabiliser et paralyser leurs activités.

Les partis et les courants idéologiques et politiques non reconnus subissent de plein fouet la répression policière, l'interdiction et les poursuites. Leurs militants ne sont pas libres de leurs mouvements. Ils font l'objet d'une surveillance continue et sont souvent victimes d'agressions et de condamnations judiciaires. Des milliers d'entre eux, anciens prisonniers politiques, sont privés de leurs droits civiques et politiques. L'arbitraire va jusqu'à les empêcher d'assister à des activités et des manifestations autorisées. Ils ne peuvent ni se présenter aux élections ni voter. Des centaines de tunisiens appartenant à différentes familles intellectuelles et politiques vivent en exil depuis environ vingt ans, ils n'ont pas le droit de rentrer au pays et ne peuvent même pas obtenir un passeport. Ils subissent d'intenses pressions pour renier publiquement leur appartenance politique. Le chantage au retour va jusqu'à exiger d'eux d'exprimer leur "repentance" et de déclarer non seulement leur fidélité au régime, mais aussi leur soutien à la candidature de Ben Ali aux prochaines élections. Ainsi, ils retourneront humiliés et totalement soumis.

Les arrestations au sein des jeunes se poursuivent sous prétexte de la fameuse "lutte contre le terrorisme". Les détenus soupçonnés d'appartenir aux mouvements "salafistes" sont victimes de torture, de procès fabriqués et inéquitables. En prison, ils sont soumis, comme tous les autres prisonniers politiques, à diverses sortes de tortures. Leurs familles sont harcelées et subissent des pressions diverses.

La situation des associations et des organisations indépendantes syndicales, professionnelles, culturelles, de défense des droits humains, de femmes et de jeunesse, reconnus ou interdites, ne diffère pas de celle des partis politiques. Toutes ces structures sont soumises à un état de siège médiatique et sécuritaire. Leurs membres sont victimes d'agressions, de procès inéquitables, de licenciements et d'interdictions de poursuivre leurs études. Pour la quatrième année consécutive, la ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH) est empêchée par la force de tenir son 6ème congrès national et d'organiser la moindre activité y compris dans ses propres locaux. Le syndicat étudiant, l'union générale des étudiants de la Tunisie (UGET), est également empêché de tenir son congrès de réunification. La direction légitime de l'association des magistrats tunisiens a été renversée et remplacée par des éléments proches du pouvoir. Le syndicat des journalistes tunisiens vient de subir le même sort. Le régime a organisé un putsch contre son bureau légitime. Il a installé à sa tête ses propres barbouzes lors d'un congrès illégitime. Il cherche, ainsi, à dissimuler la situation catastrophique et arriérée des medias en Tunisie et imposer aux journalistes de s'aligner derrière la candidature de Ben Ali.

Les associations non reconnues (l'association de lutte contre la torture en Tunisie - ALTT, la ligue des écrivains libres, le conseil national pour les libertés en Tunisie - CNLT, l'association liberté et équité...) sont quotidiennement harcelées. Leurs membres subissent diverses agressions physiques et atteintes à leurs biens, afin de les empêcher d'exercer la moindre activité associative ou culturelle. Le régime de Ben Ali ne tolère aucune marge d'indépendance et d'autonomie des associations. Il n'hésite pas à user de la violence policière et instrumentalise l'appareil judiciaire et l'administration pour les étouffer et les marginaliser.

Les syndicats des travailleurs sont confrontés à la même répression. Une direction bureaucratique corrompue au service du pouvoir, s'est installée à leur tête pour imposer aux travailleurs des politiques contraires à leurs intérêts. La direction de l'union générale tunisienne du travail (UGTT) n'hésite pas à collaborer avec la police politique pour tenter d'assiéger, réprimer et marginaliser les syndicalistes démocrates.

Sur un autre plan, Ben Ali et son entourage ont la main mise sur les médias publics, semi-publics et privés, devenus de simples instruments au service de la propagande gouvernementale. Le régime contrôle également tous les espaces publics et privés, empêchant les partis de l'opposition et les associations et organisations indépendantes de les utiliser pour organiser des activités.

Cette situation politique ne permet pas la tenue d'élections libres et transparentes pouvant déboucher sur une alternance démocratique. Des élections sans liberté d'expression, d'information, d'organisation et de réunion, ne sont en aucun cas des élections libres et ne sauront traduire la volonté du peuple. Rien n'indique aujourd'hui que le régime a l'intention de changer d'attitude d'ici la tenue des dites élections. Bien au contraire, plus l'échéance électorale s'approche, plus la répression s'intensifie. En témoignent les récentes agressions à l'encontre des dirigeants du parti démocratique progressiste (PDP), parti reconnu, à Sidi Bouzid et de beaucoup d'autres militantes et militants politiques et des droits humains, les condamnations injustes de plusieurs figures du mouvement étudiant, les entraves que subissent les partis qui comptent participer aux "élections", comme le mouvement Ettajdid, qui n'arrivent même pas à obtenir des espaces publics, les campagnes diffamatoires, sur internet et dans la presse de caniveau financée par le régime, contre les personnalités politiques et les défenseurs des droits humains, la saisie masquée des journaux de l'opposition (Al-Mawkif, Attariq Al-Jadid, Mouatinoun...) et la coupure d'internet... Tout cela pour imposer un silence total à la société et faire croire à l'existence d'une unanimité autour de Ben Ali et de son régime répressif et corrompu.

2) Un système électoral antidémocratique:

La loi électorale n'a pas changé, elle ne permet aucune forme d'élections libres et transparentes. S'agissant des présidentielles, les dispositions constitutionnelles, inchangées depuis l'ère de Bourguiba*, ne permettent réellement qu'au candidat du parti au pouvoir de se présenter. En amendant la constitution lors du référendum de 2002, pour abroger l'article limitant le nombre de mandats présidentiels, Ben Ali s'est taillé une présidence à vie à peine déguisée. Aujourd'hui, il se présente pour la cinquième fois consécutive, alors que son dernier mandat devait se terminer en 2004. La loi constitutionnelle "jetable" encadrant les élections présidentielles promulguée cette année et censée permettre un cadre "pluraliste" à ces élections, a été taillée sur mesure pour assurer à Ben Ali une "victoire écrasante". A l'instar de celles de 1999 et 2004, la présente loi constitutionnelle permet à Ben Ali de désigner lui même ses rivaux et de fermer la porte devant les candidatures de personnalités indépendantes du régime issues de l'opposition ou du milieu associatif. Cette loi ne laisse même pas la possibilité aux partis légaux de choisir librement leur candidat. La candidature aux présidentielles est restreinte aux seuls secrétaires généraux des partis reconnus qui sont élus dans leur poste depuis plus de deux ans, l'objectif étant de barrer la route à certains leaders de partis dont la candidature est indésirables par le régime.

Il en va de même pour les législatives, Ben Ali a conservé le même système électoral, à savoir le scrutin majoritaire de liste, l'absence d'inscription systématique sur les listes électorales, le découpage électoral basé sur des circonscriptions de grande taille dont le nombre avoisine celui des gouvernorats, des milliers de bureaux de vote ce qui ne laisse aucune possibilité de contrôle pour l'opposition, l'organisation et le contrôle des élections relèvent du ministère de l'intérieur.

La loi ne criminalise pas la fraude et ne permet pas la poursuite de ses auteurs. Il n'existe aucune possibilité de recours devant une instance indépendante et crédible tout au long du processus électoral. L'administration est soumise à l'exécutif qui l'utilise pour contrôler le processus électoral. La justice ne jouit d'aucune indépendance, elle est devenue un instrument aux mains du pouvoir exécutif pour réprimer ses adversaires et protéger les vrais criminels ; Ceux qui pillent le pays, bradent ses richesses aux sociétés et entreprises étrangères et condamnent la population au chômage, à la pauvreté et à la marginalisation.

Le régime de Ben Ali a rejeté toutes les revendications de l'opposition qui donneraient une crédibilité aux élections : la promulgation d'une loi d'amnistie générale, la garantie de la liberté d'expression et d'organisation, en particulier la reconnaissance de notre parti et des partis interdits comme le congrès pour la république (CPR), le mouvement Annahdha, le parti du travail patriotique et démocratique (PTPD)..., la révision de la constitution pour limiter le nombre des mandats présidentiels et l'abolition de la présidence à vie, l'adoption d'un mode de scrutin proportionnel, l'inscription systématique sur les listes électorales, l'augmentation des circonscriptions et la réduction du nombre des bureaux de vote, la mise en place d'une commission indépendante qui contrôle l'intégralité du processus électoral, la criminalisation de la fraude, la neutralité de l'administration et l'indépendance de la justice. Bien au contraire, les amendements de la loi électorale décidés récemment par le régime renforcent encore le contrôle qu'il exerce sur la campagne électorale : soumission des interventions des candidats au contrôle préalable du « conseil supérieur de la communication », ce dernier est composé de membres nommés par Ben Ali lui même. Enfin, notons que le ministre de l'intérieur chargé, conformément à la loi, de l'organisation des élections, a été en même temps nommé directeur de la campagne électorale de Ben Ali et du parti au pouvoir.

Ainsi, ni le climat politique, ni la loi en vigueur ne garantissent l'organisation d'élections libres. Le sort des prochaines élections est scellé d'avance : une écrasante "victoire" de Ben Ali et de son parti face à des candidats qui auront joué un rôle de figurants et qui auront servi d'alibi pour légitimer cette "victoire". Comme les fois précédentes, ce "triomphe" garantira au parti au pouvoir l'ensemble des sièges "disputés" au niveau des circonscriptions, représentant cette fois-ci 75% des sièges, contre 25% qui seront distribués, non pas grâce au verdict des urnes mais en guise de récompense de la part du palais et du ministère de l'intérieur aux partis administratifs, plus exactement aux éléments les plus dociles au sein de ces partis, en fonction du degré d'allégeance au pouvoir. Ce système est bien rodé depuis la mascarade électorale de 1994 lorsque Ben Ali a inventé ce "système électoral" sous prétexte "d'aider l'opposition incapable d'accéder au Parlement à travers les urnes"! En réalité l'objectif est tout autre, il s'agit avant tout d'"embellir" la dictature et lui fournir un pluralisme de façade.

3) Un régime anti-démocratique

Le feuilleton des élections truquées continue pour aboutir aux résultats habituels: une présidence à vie, un règne sans partage du parti au pouvoir, le rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et des institutions fantoches et corrompues. C'est l'essence même de la dictature qui fait qu'elle cherche en permanence à monopoliser la vie publique et empêcher à travers la répression le développement de tout mouvement social ou politique susceptible de menacer cet état de fait et montrer au peuple la voie pour exercer sa souveraineté.

On ne peut isoler la nature dictatoriale et totalitaire du régime de sa base sociale, c'est-à-dire les couches sociales locales et étrangères, dont il représente et préserve les intérêts. Ces couches n'ont aucun intérêt dans l'avènement de la démocratie, car elles risquent de se retrouver en danger. Il faut être naïf et opportuniste pour croire que Ben Ali et les familles qui l'entourent, les Trabelsi, Matri, Loukil, Mabrouk, M'hiri, M'zabi et autres familles qui ont la mainmise sur les richesses du pays (le secteur foncier, les entreprises, les banques, le commerce...) ont un quelconque intérêt dans l'instauration de la liberté d'expression et de presse et d'un pouvoir judiciaire indépendant ou la tenue d'élections libres pouvant aboutir à une alternance du pouvoir. La liberté et la démocratie sont les pires ennemies pour ces pillards, car elles permettront à terme de démasquer leurs crimes et faciliteront la mobilisation du peuple pour leur demander de rendre compte de leurs actes et les déposséder des richesses qu'ils ont amassées illégalement. Ils ont tout intérêt à accentuer la répression contre le peuple, à renforcer le contrôle policier de la société et à maintenir Ben Ali président à vie. Ben Ali lui même a accumulé une énorme fortune estimée à 5 milliards de dollars en 2007 d'après la revue américaine "Forbes". Il a commis de nombreux crimes contre le peuple tunisien et cherchera par tous les moyens à s'accrocher indéfiniment au pouvoir pour éviter que lui et ses proches soient jugés un jour. En 2002, il a amendé la constitution pour se garantir une immunité judiciaire à vie. Il a ensuite introduit une nouvelle loi qui accorde aux membres de sa famille, après sa mort, les mêmes privilèges qu'ils avaient de son vivant.

Les sociétés, les institutions et les États étrangers qui pillent la Tunisie , avec la complicité directe de la minorité mafieuse locale, n'ont pas non plus intérêt à ce que le peuple tunisien se libère du joug de la dictature et à ce qu'il tienne son destin entre ses mains. Ces sociétés et ces institutions, environ trois mille et pour la plupart européennes (françaises, allemandes, italiennes...), exploitent sauvagement les travailleurs tunisiens (près de 300.000 salariés). Elles leurs interdisent même de se syndiquer ou de créer des syndicats et cherchent à les maintenir sans défense pour continuer à les exploiter à outrance et accumuler les richesses à leur dépens.

Le maintien des intérêts de ces sociétés dépend du maintien du régime de Ben Ali. En effet, la dictature leur garantit par la force une prétendue "paix sociale" et des conditions propices à la poursuite du pillage de notre pays.

Il en est de même pour les puissances impérialistes qui décident du sort de notre pays et lui imposent leurs choix politiques, économiques et sociaux. En tête de ces puissances, la France, les États-Unis, l'Italie et l'Espagne soutiennent le régime de Ben Ali économiquement, financièrement, militairement et en matière de sécurité, malgré les grands discours qu'elles tiennent en matière de démocratie et de respect des droits humains. En réalité, les impérialistes ont besoin de quelqu'un comme Ben Ali qui laisse les portes du pays grandes ouvertes devant leurs capitaux et marchandises, protège leurs sociétés et s'engage dans leur stratégie au Moyen-Orient néfaste pour les peuples arabes en général et les peuples palestinien et irakien en particulier. Le régime de Ben Ali collabore avec les impérialistes dans la prétendue lutte contre le "terrorisme", sert leurs politiques migratoires et s'engage dans la normalisation avec l'Etat sioniste d'Israël. Les choses sont claires : le régime de Ben Ali protège les intérêts des puissances impérialistes au dépens du peuple tunisien, en contre partie les impérialistes le soutiennent, le protègent et ferment les yeux sur la présidence à vie et les violations des libertés et des droits humains.

La démocratie est un grand ennemi des intérêts impérialistes. Elle permet au peuple de prendre son destin en main, de rétablir sa souveraineté sur les richesses du pays, de réaliser son indépendance, de s'engager dans la lutte contre les projets impérialistes dans la région et de soutenir les mouvements de résistance en Palestine, en Irak, au Liban et dans les autres régions du monde...

La dictature représente le cadre politique à travers lequel se réalise l'exploitation du peuple tunisien et le pillage de ses richesses. Croire que Ben Ali pourrait changer de politique d'ici l'automne prochain et créer des conditions favorables pour des élections libres, comme le font certains, relève de l'illusion. Il est erroné de dire que le régime, tout comme le peuple, le pays et l'opposition, a intérêt à l'instauration de la démocratie et à ce que les élections se déroulent dans un climat de liberté et de transparence. Bien au contraire, l'intérêt du régime de Ben Ali réside dans la fraude électorale et le pouvoir absolu qui préserve ses privilèges et ceux des classes qu'il représente. C'est ce qui explique aujourd'hui l'intensification de la répression et l'emprise croissante du pouvoir sur la société dans le but de mettre en place une majorité issue de la mascarade électorale en vue.

4) Boycotter les élections: une réponse adéquate qui s'impose

Pour les raisons évoquées plus haut, la participation aux prochaines élections, dans les circonstances actuelles, représente une erreur qui ne profitera qu'à la dictature. Cette dernière s'en servira pour continuer à fouler au pied la souveraineté populaire et prétendre que la mascarade électorale qu'elle a organisée était pluraliste et démocratique. Les partisans de la participation aux prochaines élections déclarent que leur participation « sert » les intérêts du peuple. Or, celui-ci n'a pas la liberté de choisir ses représentants et ses dirigeants, étant donnée la répression qu'il subit et le fait que l'opposition politique et civile ne peut s'adresser à lui librement, ni présenter ses candidats, ce qui réduit la participation à un acte au service du décor démocratique. Le citoyen sait que la simple présence à une réunion d'un parti d'opposition ou le vote pour l'un de ses candidats l'exposerait à la répression et l'arbitraire du régime. Le peuple tunisien a boycotté la plupart des rendez-vous électoraux depuis 1994 car il sait que leurs résultats sont décidés d'avance et que son vote ne compte pas. Cet état de fait est bien connu des forces politiques dans notre pays, y compris celles qui ont participé à ces élections. D'ailleurs, le taux de participation aux scrutins est jusqu'ici très faible et n'a même pas atteint les deux millions d'adhérents que le parti au pouvoir prétend compter dans ses rangs.

Nous ne pensons pas que la majorité du peuple tunisien changera d'attitude à l'occasion des prochaines élections. La situation politique et le cadre juridique n'ont pas changé. Les résultats sont connus d'avance et n'apporteront pas d'améliorations au quotidien des citoyens. Bien au contraire leurs conditions de vie risquent de se dégrader sous les effets de la crise économique actuelle dont le régime de Ben Ali fait payer les frais aux travailleurs et aux classes laborieuses. Ainsi, participer à des élections dont les résultats sont connus d'avance et dont le peuple se désintéresse ne faisant confiance ni à ses organisateurs, ni même en ceux qui y participent, devient un non sens.

Pour ces raisons, tout parti politique sérieux et responsable doit appeler à boycotter ces élections.

En plus des arguments développés ci-dessus, il faut rappeler que le PCOT est un parti interdit, du fait de l'absence de liberté d'organisation dans notre pays. Il ne peut donc présenter de candidats ni aux présidentielles, ni aux législatives. La loi exceptionnelle encadrant les élections présidentielles permet seulement la candidature de certains responsables de partis légaux. De plus, le code électoral ne donne pas la possibilité aux partis non reconnus de présenter des candidats portant leurs propres couleurs et défendant leurs propres programmes, positions et points de vue politiques. Le ministre de la Justice a déclaré, sur une chaîne satellitaire (BBC arabe), que les partis non reconnus n'auront même pas le droit de présenter des listes indépendantes. Le PCOT est privé du droit d'éditer son journal et d'organiser des réunions. En un mot, il est privé de son droit de s'adresser directement au peuple tunisien. Ses militants sont exposés à la répression, un grand nombre d'entre eux ne jouit pas de ses droits civiques et politiques à cause de condamnations dans le cadre de procès politiques. Ainsi, comment le PCOT, et de la même manière, les autres partis non reconnus comme le CPR ou le mouvement Annahdha, pourraient-ils appeler à participer à des élections auxquelles ils n'ont même pas le droit d'y participer? C'est un argument supplémentaire pour que le PCOT appelle à boycotter la prochaine mascarade électorale. D'ailleurs, quel sens peuvent avoir des élections où les plus importants courants idéologiques et politiques sont empêchés d'y participer? N'est-ce pas une preuve irréfutable de leur caractère mensonger.

Le PCOT considère qu'il est insensé de dénoncer, d'une part, l'absence de conditions minimales pour des élections libres et transparentes et le fait que les résultats des élections présidentielles et législatives sont connus d'avance, et d'appeler d'autre part à y participer. Une opposition politique sérieuse doit exiger, comme condition préalable à toute participation, l'existence d'un minimum de liberté ! Prôner la participation aux élections en toutes circonstances et quelle que soit la situation politique, sous prétexte que c'est la seule tactique juste et pertinente, relève d'un unilatéralisme primaire qui ne sert en fin de compte que la dictature. Cela l'encourage à continuer à fouler aux pieds la souveraineté populaire et à violer les principes démocratiques, tout en étant sûre qu'il y aura toujours une "opposition" qui servira de couverture pour son pluralisme de façade.

5) Boycotter les élections: un combat politique pour la démocratie

Le boycott des élections, tout comme la participation, n'est pas un dogme valable à tout moment et en toutes circonstances, mais plutôt une tactique politique qui dépend de l'analyse concrète d'une situation concrète. Il s'agit de déterminer laquelle des deux tactiques, la participation ou le boycott, servirait le mieux dans telle ou telle situation, à faire progresser la lutte pour les libertés et la démocratie.

Ainsi nous avons souvent observé des forces révolutionnaires participer à des élections, jugeant qu'elles représentent une réelle opportunité pour s'adresser au peuple et lui exposer leurs programmes. D'autre part, nous avons aussi observé partout dans le monde des forces réformistes et libérales boycotter, dans des conditions précises, des élections, les considérant comme des mascarades, ne remplissant pas des conditions minimales les rendant acceptables et crédibles.

Des élections libres, transparentes et exprimant la volonté du peuple, exigent un climat politique dans lequel les citoyennes et citoyens disposent de leurs droits fondamentaux. Les élections ne peuvent être libres si le peuple n'est pas libre. L'existence d'un pluralisme idéologique et politique est la pierre angulaire de toute élection libre. Ceux qui sous-estiment la nécessité de l'existence de conditions politiques et juridiques minimales pour participer aux élections, et se contentent d'en parler en théorie, tout en acceptant dans la pratique de se plier aux conditions imposées par la dictature, sous prétexte de « réalisme », ceux-là ne font en réalité que servir cette dictature et prolonger sa mainmise sur la société.

L'absence de toute liberté rend nécessaire le boycott des élections. Ce dernier ne se résume d'aucune manière à une attitude spectatrice et passive, comme le prétendent certains dirigeants de partis pour justifier leur participation à cette mascarade électorale et faire croire aux gens qu'il n'y a pas d'autre choix que de participer et accepter les règles de jeu imposées par la dictature. Le boycott est une position sérieuse et responsable fondée sur une analyse objective des rapports de forces politiques et de l'état d'esprit des masses qui tendent à bouder la mascarade électorale. Il vise à contrecarrer la dictature, à dévoiler son caractère réactionnaire et à frayer le chemin d'un véritable changement démocratique. A travers la mascarade électorale qu'il prépare, Ben Ali cherche à donner une certaine légitimité à son régime policier en prétendant être « plébiscité » par le peuple. De ce point de vue, l'objectif du boycott est d'½uvrer, à travers une campagne politique appuyée par des actions concrètes, à mettre en échec le « pari » du despote en montrant son illégitimité, en approfondissant son isolement et en le privant de la possibilité de légitimer la fraude en prétendant avoir organisé des élections « pluralistes ». Il s'agit, à travers le boycott, de gagner de nouvelles forces pour préparer les conditions nécessaires au renversement de la tyrannie.

Le véritable changement démocratique en faveur du peuple ne peut se réaliser ni par le régime policier de Ben Ali, ni en coopérant avec lui, ni en acceptant d'être une composante de son système, d'où la nécessité de refuser de participer à sa mascarade électorale et à ses institutions fantoches. Le changement démocratique ne peut être que l'aboutissement de la lutte des masses populaires conscientes et organisées autour d'un programme portant leurs intérêts et aspirations. Ceci exige de s'adresser à elles, d'½uvrer continuellement au sein de leurs rangs pour qu'elles s'engagent massivement dans la lutte politique et imposent leur volonté. L'aboutissement d'un tel processus doit déboucher sur l'élection d'une Assemblée Constituante qui aura pour tache l'élaboration d'une nouvelle Constitution qui établit les fondements d'un système républicain démocratique et moderne.

Le soulèvement populaire qui a eu lieu dans le bassin minier, pendant le premier semestre de 2008, représente, malgré ses limites, un exemple dans la lutte contre la dictature du 7 novembre. Il a mis en évidence le fait que la lutte contre la tyrannie est indissociable de la lutte contre l'exploitation, la corruption et le clientélisme. Il a confirmé que la lutte pour la démocratie et la lutte pour la justice sociale sont intimement liées. Ce mouvement a aussi démontré la grande capacité des masses populaires à inventer des formes de lutte et d'organisation appropriées et indépendantes, ainsi que leur capacité à résister à la répression policière.

Evidemment, il est du devoir de toute opposition sérieuse de se fondre dans les mouvements sociaux, les développer, les élargir et les transformer en mouvements politiques contre la tyrannie, créant ainsi de nouveaux rapports de force, en faveur du peuple. Les élections libres viendront couronner un tel renversement des rapports de force et non pas le contraire. La participation aux précédentes mascarades électorales qu'a connues la Tunisie durant un demi-siècle, n'a pas rapproché le peuple tunisien d'un pas du changement démocratique. Au contraire, elle a toujours aidé la dictature à exhiber une fausse pluralité.

6) Le PCOT ne confond pas toutes les participations

Même si le PCOT appelle à boycotter les prochaines élections, il ne met pas dans la même case tous ceux qui appellent à y participer. En observant de près la scène politique, on peut classer les partisans de la participation en trois catégories :

- Les partis de décor, ceux-là participent aux élections sous la coupe de Ben Ali. Il les utilise pour faire croire qu'il existe un pluralisme politique et une démocratie dans le pays. Ces partis sont récompensés par des sièges dans le parlement et dans la chambre des conseillers et des postes à la tête de sociétés et de l'administration publiques. Ils défendent avec acharnement le régime de Ben Ali et jouent le rôle qu'il leur a fixé. Leur existence dépend entièrement du maintien du régime. Nous sommes persuadés qu'ils disparaîtront le jour où la dictature sera vaincue.

Les dirigeants les plus corrompus et les plus réactionnaires de l'UGTT ont rejoint ce groupe. Ils ont opéré un putsch contre le dernier conseil d'administration (CA) de l'organisation syndicale tenu le 15 juillet 2009. Ils ont déclaré le soutien de l'UGTT à la candidature de Ben Ali sans que les membres du CA aient la possibilité d'en débattre et de prendre position à travers un vote. La direction bureaucratique a ainsi embarqué l'UGTT, bâtie par Hached et ses camarades, dans le soutien au pouvoir autocratique et la présidence à vie. Par cette décision la direction de l'UGTT s'érige en ennemi des libertés publiques et individuelles. Elle fait basculer l'UGTT du côté de la mafia qui pille le pays sous la protection de Ben Ali lui-même, c'est-à-dire du côté de ceux qui sont responsables de la crise sociale, aggravent le chômage et condamnent la jeunesse à « brûler les frontières » et sombrer dans le crime...

Les partis du décor démocratique et les directions des organisations syndicales et professionnelles complices de la dictature sont une partie intégrante du régime. Ils appuient le pouvoir autocratique et la présidence à vie. Les forces démocratiques doivent les combattre et les démasquer.

- une deuxième catégorie qui se positionne dans les rangs de l'opposition démocratique, constate l'absence des conditions minimales pour des élections libres et transparentes, mais appelle tout de même à participer aux élections sous les conditions imposées par la dictature. Elle se présente aux présidentielles aux côtés de Ben Ali et parie sur les 25% des sièges distribués par le palais de Carthage selon le degré d'allégeance et le respect des restrictions et des frontières qu'impose le pouvoir pendant la campagne électorale. Elle ne voit pas dans l'interdiction aux différents courants politiques et intellectuels de participer aux élections une preuve que ces élections ne sont en réalité qu'une supercherie. Les partisans de cette position s'efforcent à revêtir leur participation d'un caractère "militant" et qualifient le boycott des élections de "passivité" et de position "spectatrice". Cette position, quelles que soient les couvertures qu'elle utilise, n'est pas conséquente. Elle prône la participation comme unique position pratique vis-à-vis des élections tout en constatant d'emblée l'absence de conditions minimales.

En réalité, ces forces n'ont pas sérieusement et définitivement rompu avec la dictature et continuent d'agir de l'intérieur du système qu'elle a instauré. Elles n'ont pas encore franchi le pas pour mener une action politique autonome et indépendante contre la dictature sur une base politique démocratique conséquente. Les teneurs de cette position, même s'ils déclarent qu'ils refusent de servir de couverture pour ces élections, acceptent dans la pratique les avantages octroyés par Ben Ali, c'est à dire le financement et les sièges réservés à l'opposition administrative dans parlement et dans la chambre des conseillers. Rappelons que ces sièges sont distribués non pas en fonction du verdict des urnes, mais sur la base du degré d'allégeance au régime. Ils savent pertinemment que les résultats des "élections" présidentielles sont connus d'avance. Le régime cherche seulement à s'en servir d'alibi pluraliste tout en contrôlant leurs faits et gestes. Une telle participation donnera du crédit à la candidature illégitime de Ben Ali et renforcera la présidence à vie. Ce qui paraît étonnant, c'est qu'ils n'ont pas tiré les conséquences qui s'imposent de leurs précédentes participations. Ces participations ont montré l'impertinence de la participation sous les règles imposées par le régime et en l'absence de toute liberté. Nous serons curieux de savoir quelle serait leur position au lendemain de la mascarade électorale. Comment vont-ils reconnaître la légitimité de Ben Ali, alors qu'ils savent bien que son "élection" est le résultat de la fraude et du mépris de la volonté populaire. Comment vont-ils reconnaître la légitimité d'un parlement dont la composition est décidée d'avance par la dictature ?

Une position conséquente exige des militants honnêtes de cette tendance de rompre avec l'hésitation et les petits calculs et de privilégier les intérêts de l'ensemble du mouvement démocratique. La participation à la mascarade électorale dans les conditions actuelles ne pourrait faire avancer les luttes démocratiques dans notre pays.

- une troisième catégorie considère que les conditions minimales pour des élections libres et démocratiques ne sont pas réunies et qu'elles ne le seront pas d'ici les élections. Bien au contraire, elle constate que le régime a plutôt tendance à verrouiller d'avantage la situation politique et à étouffer les espaces de libertés. Partant de ce constat, ces forces politiques sont convaincues que le sort des prochaines élections est scellé d'avance. Malgré ce constat, elles ne vont pas jusqu'à annoncer dès aujourd'hui leur retrait de ces élections, elles souhaitent utiliser la marge offerte par le cadre légal dont elles jouissent pour démasquer la falsification des élections. Elles pourraient annoncer leur retrait des élections quand elles jugeraient le moment opportun, c'est-à-dire avant ou pendant la campagne électorale officielle. Mais elles pourraient aussi aller jusqu'au bout de la participation, surtout dans des législatives.

Cette position, tout en étant plus radicale dans sa critique du régime et dans sa dénonciation des conditions dans lesquelles vont se dérouler les élections, tombe dans plusieurs contradictions : si les défenseurs de cette position considèrent que le sort des présidentielles est réglé d'avance, qu'en serait-il des les législatives ? N'auront-elles pas lieu dans les mêmes conditions ? Continuer à déclarer qu'ils vont participer aux élections, ne serait-il pas du temps perdu dans ce cas ? Continuer à parler de participation militante, alors que les résultats des élections sont connus d'avance, ne serait pas insensé dans ces conditions ? Il serait plus pertinent de concentrer tous les efforts autour de la dénonciation du caractère fantoche de ces élections, de l'appel au boycott des élections et de faire avancer la mobilisation autour d'une vraie alternative. C'est mieux que de passer son temps à préparer des listes dont le sort reste entièrement suspendu entre les mains du ministère de l'intérieur. Enfin, quel impact pourrait avoir le fait d'annoncer son retrait des élections pendant la campagne sur une opinion publique convaincue que ces élections sont dépourvues de tout enjeu ? Les gens ne risquent-ils pas de se demander pourquoi ces forces ont décidé de participer puis de se retirer, alors que les choses étaient claires dès le départ ?

7) Pour une coalition politique pour faire face à la mascarade électorale et préparer les conditions du changement démocratique

Le PCOT considère que les forces politiques réellement concernées par le changement démocratique en Tunisie, doivent se rassembler au sein d'un pôle unitaire pour dénoncer la mascarade électorale, appeler à la boycotter, contester la légitimité des institutions qui en résulteront, Présidence et Parlement, et continuer la lutte pour préparer les conditions nécessaires au changement démocratique dans notre pays.

Le régime de Ben Ali est confronté à de grandes difficultés politiques, économiques et sociales. Ces difficultés vont s'accroître accentuant leurs conséquences négatives sur le quotidien du peuple. La question de la présidence sera posée à nouveau en vue des échéances électorales futures. Deux scénarios sont possibles : soit Ben Ali manipulera de nouveau la constitution pour se débarrasser de l'article qui limite l'âge maximum de se présenter aux élections présidentielles à 75 ans afin de rester au pouvoir après 2014, soit il va chercher à préparer un successeur d'une façon ou d'une autre (nomination d'un vice-président...) afin de permettre à sa famille et ses proches de garder la main mise sur le pouvoir. Les forces démocratiques doivent se préparer dès maintenant à de tels scénarios. En ce sens, les élections d'octobre prochain ne sont qu'une étape dans la lutte contre la tyrannie. Une étape de laquelle elles doivent sortir renforcées et non dispersés pour vaincre la dictature.

La réalisation de cet objectif exige de l'opposition démocratique d'éviter les petits calculs et de mettre en échec les man½uvres de la dictature visant à la disperser. Elle doit privilégier avant tout les intérêts du peuple tunisien sur lequel elle doit compter pour réaliser un véritable changement démocratique.

Le PCOT demeure, comme il l'a toujours était, disposé à faire avancer le combat unitaire pour l'instauration de la démocratie dans notre pays.

- Non à la participation aux prochaines élections, boycottons la mascarade électorale.

- Non à la présidence à vie, non aux institutions fantoches.

- Continuons la lutte pour renverser la tyrannie et accomplir le changement démocratique.

- Oui à l'amnistie générale, à la liberté d'expression, d'organisation, de candidature, de vote, à la neutralité de l'administration et l'indépendance de la justice comme conditions minimales pour des élections libres et transparentes.

Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie

Tunis, le 24 Août 2009

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 07 octobre 2009 04:55

GAFSA

Demain, 13 janvier 2009, se tiendra à Gafsa le procès en appel des leaders et animateurs du mouvement du bassin minier. Le 11 décembre 2008, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Gafsa a prononcé de lourdes peines à l'encontre de Adnane Hajji et ses camarades. 33 des 38 accusés ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 10 ans et un mois de prison pour 7 d'entre eux. Lors de cette mascarade judiciaire, le tribunal a rendu son verdict sans interroger les accusés et sans permettre à la défense de plaider.

A la veille du procès en appel et à l'occasion du premier anniversaire du soulèvement du bassin minier (5 janvier 2008), nous publions une traduction de l'arabe d'un texte paru en plein mouvement dans le numéro de mai 2008 de notre revue "Le communiste". Ce texte établit un bilan du mouvement, il a été rédigé par notre camarade Ammar Amroussia, de la région de Gafsa, qui a suivi de près le mouvement du bassin minier.

par Ammar Amroussia
Traduction de l'arabe

Une grande vague de protestations populaires secoue, depuis le 5 janvier 2008, la région de Gafsa (sud-ouest de la Tunisie) et plus particulièrement les villes du bassin minier. La contestation a commencé suite à l'annonce des résultats d'un concours de recrutement organisé par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG dans la suite du texte), principal employeur de la région. Ces résultats ont été jugés, par la population, « décevants », en effet le nombre de candidats admis était réduit et ne répondait pas à ses attentes. En plus, les critères adoptés dans le choix de ces candidats n'étaient pas objectifs ; favoritisme, loyauté au pouvoir et « bakchich » ont prévalu face à la compétence. La contestation a éclaté d'abord à Redeyef, elle a gagné ensuite les autres villes minières, en particulier M'dhilla et Moularès. Ainsi, l'ensemble de la région de Gafsa a été secoué par un soulèvement social sans précédent, considéré par les observateurs comme le plus important en Tunisie durant les deux décennies de pouvoir de Ben Ali, voire depuis la « révolte du pain » de 1984. Il est donc évident qu'un tel événement doit être analysé pour en tirer quelques leçons, même si le mouvement est encore en cours. Un premier bilan pourrait contribuer à ce qu'il tienne plus longtemps face à la dictature et à arracher des acquis qui serviraient de stimulant pour tout le mouvement populaire. Ainsi nous allons suivre à travers cet article l'évolution des événements en cherchant les causes et en analysant les mots d'ordre et les formes de lutte inventées par les masses populaires dans leur confrontation avec l'appareil répressif du régime de Ben Ali.

1. Les causes profondes du soulèvement :

Les résultats du concours de recrutement à la CPG publiés le 5 janvier 2008 n'ont en fait constitué que la goutte qui a fait déborder le vase. La réaction des habitants n'aurait pas pu être aussi forte et profonde si la région ne vivait pas depuis longtemps dans une misère profonde. Tout y prédisait une grande explosion, les signes annonciateurs se sont multipliés. En septembre 2007 nous avions déjà écrit, suite à la répression du rassemblement organisé par « le comité régional des diplômés enchômagés » et au cours duquel la militante Afef Ben Naceur a été sauvagement agressée par la police politique : « attendez-vous prochainement à une grande surprise ».

Depuis l'époque coloniale, et jusqu'à nos jours, la production de phosphate reste le pilier central de l'activité économique dans la région de Gafsa, ce qui rendait la vie de villes entières (Redeyef, Metlaoui, Moularès et M'dhilla) entièrement dépendante de ce minerai qui assurait aux habitants une certaine sécurité. Les choses ont continué ainsi jusqu'au terme de l'époque coloniale (1956) et même jusqu'aux années 70 du siècle dernier. Mais « la vache à traire », c'est-à-dire la CPG, a commencé à avoir des difficultés dues surtout à une mauvaise gestion. En 1986, elle a été incluse dans le programme de restructuration des entreprises publiques imposé par le FMI et la BM dans le cadre du « Programme d'ajustement structurel » (PAS). Cette restructuration n'a tenu compte que des taux de profits à réaliser ou à préserver. Elle a donc été réalisée aux dépens de la force de travail. Ainsi le nombre des ouvriers de la CPG a baissé de 14000 dans les années 80 à environ 5300 en 2007 (en 2006 ce chiffre était de 5853 employés dont 492 cadres). La société a eu recours à la mécanisation pour comprimer la main d'½uvre, elle a également augmenté le nombre d'heures supplémentaires pour éviter de nouveaux recrutements. Le coût de ces heures s'est élevé durant ces dernières années à environ 5 millions de dinars (1$ = 1,200dT). Quant à l'Etat, qui n'a cessé de se décharger de son rôle social et de se transformer en un simple « gendarme » soumettant les travailleurs à une exploitation féroce au profit d'une nouvelle poignée de mafieux et de corrompus locaux et étrangers, il n'a rien prévu pour subvenir aux besoins des habitants de la région dont le tissu économique est resté inchangé. Les investissements ont continué à s'orienter particulièrement vers les régions côtières aussi bien pour des raisons économiques (la recherche de profits) que pour des raisons politiques (préservation d'une clientèle politique), ce qui a accentué le régionalisme, caractéristique essentielle du régime « destourien » depuis son avènement en 1956.

Ainsi les villes du bassin minier, comptant une population de dizaines de milliers d'habitants, ont sombré dans l'oubli et se sont trouvées marginalisées et confrontées à une situation difficile. Leur richesse en phosphate continue à être pillée. Avec l'installation des « laveries », la CPG a mis la main sur une grande partie des ressources en eau potable dans la région. Et le plus grave est que l'eau polluée utilisée pour le lavage a affecté les nappes phréatiques saines si bien que les habitants de Redeyef, par exemple, se sont trouvés obligés d'acheter de l'eau potable en provenance d'autres régions (1 dinar les 20 litres).

Cette situation a entrainé l'aggravation du chômage dont le taux est devenu alarmant, surtout chez les diplômés de l'enseignement supérieur. Le taux de chômage dans la région s'élève au double et parfois au triple du taux national officiellement évalué à 14 ou 15% de la population active. Par ailleurs, les services publics, tels que l'éducation, la santé, l'habitat et le transport se sont dégradés suite à leur privatisation et à l'augmentation de leurs coûts. Les masses populaires ne peuvent plus assumer les frais de scolarité de leurs enfants, notamment ceux qui doivent s'inscrire à l'université, les frais des soins et des médicaments, les frais de transport ou d'habitat. De surcroît, les prix des matières de base n'ont cessé de flamber de par le monde. L'augmentation a touché les produits de première nécessité tels que les produits alimentaires, les vêtements et les carburants. Vu le bas niveau des salaires qui ne suivent pas le rythme de l'inflation galopante ainsi que la faiblesse des revenus des petits propriétaires, commerçants et artisans, ainsi que l'absence de tout revenu pour les chômeurs dont le nombre ne cesse d'augmenter, la région de Gafsa s'est transformée en un espace immense de pauvreté, de précarité et de marginalisation sociale. Bien entendu, à cette détérioration des conditions sociales de la majorité des habitants de la région, correspond l'accroissement de la richesse de certaines couches, en l'occurrence les hauts cadres de la CPG, des responsables régionaux, des affairistes proches du pouvoir, etc. Il faut signaler que les recettes des exportations de la CPG, et par conséquent de l'Etat, en produits phosphatiques ont connu une croissance importante suite à l'augmentation de leur prix sur le marché mondial. Les recettes sont passées de 858 millions de dinars (715 millions de dollars) en 2005 à 1261 millions de dinars en 2007 et elles atteindront probablement 2,2 à 2,4 milliards de dinars en 2008. Parmi ceux qui ont profité de la situation, on peut citer le secrétaire général de l'Union régionale de l'UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail, l'unique centrale syndicale en Tunisie), Amara Abbassi, qui est aussi membre du Comité central du parti au pouvoir et membre du Parlement. A part le « bakchich » qu'il reçoit, en contrepartie de son rôle de « sapeur-pompier » des luttes des travailleurs, il a monté une société de sous-traitance de main d'½uvre qui lui a permis d'amasser une fortune aux dépens des pauvres intérimaires qu'il exploite d'une manière inouïe bien qu'il soit dirigeant d'un syndicat qui déclare s'opposer aux formes d'emploi précaires ! Abbassi jouit aussi bien du soutien des autorités régionales que de celui de la « bureaucratie » à la tête de l'UGTT formée en majorité d'éléments corrompus.

Il est bien clair aussi que les habitants de Gafsa, tout comme l'ensemble des Tunisiens, qui suivent les chaines de télévision satellitaires ou qui ont des enfants instruits et intéressés par « la chose publique », sont, à des degrés différents, informés de l'aggravation du phénomène de la corruption dans le pays. Une poignée de familles (celles de Ben Ali, de ses gendres, de ses proches et de ses amis...) accumulent des fortunes colossales. Elles ont mis la main sur les principaux secteurs de l'économie, profitant de la campagne de privatisation. Les banques sont à leur service leur pourvoyant d'importants et multiples crédits sans garanties. C'est ainsi que les « créances douteuses » représentent près du tiers des crédits octroyés ! Certains membres de ces familles se sont spécialisés dans les « interventions » auprès de l'Administration pour le compte de ceux qui sont prêts à leur verser des pots-de-vin importants. Nul ne leur échappe, même les concours d'embauche dans la fonction publique dont les résultats sont connus d'avance et où il faut payer pour espérer réussir ! Les citoyens peuvent ainsi constater la gravité de la situation qui condamne les pauvres à voir leurs conditions se dégrader de plus en plus tandis qu'une minorité liée au « trône » s'enrichit sans cesse.

Tous ces facteurs réunis ont créé un état de malaise généralisé dans tout le pays et qui prend dans les régions les plus défavorisées, dont celle du bassin minier de Gafsa, une dimension de colère latente qui n'attend que l'occasion de surgir.

En effet, bien avant la publication des résultats du concours de la CPG, la région de Gafsa a connu plusieurs mouvements menés soit par des diplômés enchômagés qui se sont organisés, à l'instar de ceux de plusieurs régions de la Tunisie, en « Comité régional des diplômés enchômagés », soit par des paysans, travailleurs licenciés ou autres habitants des quartiers populaires, pour exprimer leur indignation face à l'oppression et à l'injustice qu'ils endurent. Puis, sont arrivés les résultats du concours qui ont constitué « la goutte qui a fait déborder le vase ». Ainsi ont été déclenchés les émeutes, les manifestations et les « sit-in » des habitants du bassin minier.

2. Un mouvement populaire :

Ce mouvement a eu, dès son début, un caractère populaire large, ce qui l'a transformé en un soulèvement populaire proprement dit et ce malgré son aspect régional plus ou moins circonscrit. Toutes les catégories populaires ont adhéré à ce mouvement : ouvriers, chômeurs, fonctionnaires, commerçants, artisans, élèves, etc. Ceux qui y participent appartiennent à différentes générations, il y a des enfants, des jeunes, des adultes, des personnes âgées. Les femmes, même celles au foyer, ont pris part à la protestation et ont souvent joué un rôle d'avant-garde. Les divisions tribales, restées présentes dans la région et continuellement instrumentalisées par le pouvoir, ont disparu dans ce mouvement pour céder la place à l'appartenance sociale, de classe. Les habitants ont compris qu'ils vivent dans la même situation de misère, qu'ils partagent le même sort : le chômage, la marginalisation, la pauvreté, la dégradation du pouvoir d'achat et, en général, la détérioration de leurs conditions de vie. Ce sentiment s'est confirmé au fil des jours à travers les discussions, les affrontements avec les forces de la police, l'entraide et la solidarité, etc. Il est difficile aujourd'hui de faire marche arrière, surtout dans la ville de Redeyef, d'autant plus que le mouvement continue à être encadré et est susceptible d'évoluer.

Caractérisé par sa continuité, ce soulèvement vient de dépasser son quatrième mois. Il se poursuit encore, notamment à Redeyef qui en représente l'axe même, grâce à la présence d'un noyau dirigeant, de responsables syndicaux et de militants politiques de gauche. Notre pays n'a guère connu depuis l'« indépendance » (1956) un mouvement social qui se soit prolongé dans le temps de cette manière. Outre la présence de militants aguerris à sa tête, les facteurs objectifs ont eu un rôle important dans la longévité de ce mouvement. Ces facteurs, déjà évoqués, ont fait que les habitants n'ont rien à perdre, sinon leur misère et leurs chaines. Toutes les portes de l'espoir leur sont fermées et ils ont ainsi perdu toute confiance dans le régime en place. Parmi les facteurs qui ont favorisé la continuité du mouvement, la réaction du pouvoir. Celui-ci n'a pu apporter de solution aux problèmes auxquels est confrontée la région, ni réussi à satisfaire les revendications directes des populations et à tenir ses promesses, même celles annoncées avec pompe sous forme de « mesures présidentielles » en faveur de certaines catégories sociales à Moularès en particulier. Ce qui a encore attisé la colère des contestataires. Pis encore, le pouvoir a eu recours, dès le début du mouvement, à la répression : au début du mois d'avril, puis au début du mois de mai, la répression a pris un caractère encore plus violent et plus large à Redeyef et Moularès notamment, mais cette répression n'a pas réussi à éteindre ni à étouffer le mouvement, au contraire, elle l'a radicalisé. Le pouvoir s'est ainsi retrouvé dans l'obligation de libérer les dirigeants et activistes arrêtés quelques jours auparavant. Ces derniers ont été accueillis par des dizaines de milliers de gens, en leaders populaires et en héros.

Il est certain que le pouvoir, surpris par l'ampleur du mouvement, a été ébranlé par son unité, sa combativité et l'esprit de solidarité qui anime ceux qui y participent. C'est pourquoi il a joué au début sur le facteur du temps en pensant qu'il pouvait atténuer le mouvement et le contraindre à l'effritement, car il craignait de faire des concessions qui stimuleraient la revendication et l'étendraient à d'autres régions du pays. Il craignait également que la répression ne confère au mouvement une dimension aussi bien nationale qu'internationale, de telle sorte qu'elle mette à nu la propagande démagogique du régime axée sur le soit disant « miracle économique tunisien » et « les réalisations grandioses réalisées sous la direction clairvoyante du président Ben Ali ». En effet, ce qui se passe au bassin minier est un démenti cinglant de toute cette propagande. S'il y a « miracle », c'est bien pour les riches, locaux et étrangers, qui ont vu leurs fortunes s'accroitre d'une manière vertigineuse, et non pour le peuple qui subit une oppression économique et sociale des plus dures. D'autre part, un peu plus d'une année seulement sépare le régime de Ben Ali des « élections » de 2009 ; déjà une campagne a été amorcée pour « solliciter » Ben Ali à se porter candidat pour un cinquième mandat, synonyme de présidence à vie, afin qu'il poursuive « ses réalisations » et mette en ½uvre la suite de son programme « pour garantir à la Tunisie un avenir radieux ». Bien entendu, l'explosion de la situation dans les villes du bassin minier complique la tâche du pouvoir, c'est pourquoi il s'est évertué à isoler le mouvement en profitant de la faiblesse de l'opposition politique et de la complicité de la bureaucratie syndicale. Cette dernière est allée jusqu'à sanctionner certains syndicalistes (suspension de Adnane Hajji de toute activité syndicale au sein de l'UGTT pendant 5 ans). Mais tout cela n'a pas empêché le mouvement de poursuivre son chemin, de faire échouer toute tentative pour l'isoler et d'acquérir de la sympathie à travers des moyens d'information indépendants, tels que la chaine de télévision satellitaire « Al-Hiwar Attounoussi » (Dialogue tunisien) qui émet depuis l'étranger, le journal électronique « Al-Badil » (l'Alternative) animé par le parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT dans la suite du texte), les journaux de l'opposition légale (Al-Mawkif, Mouatinoun, Attarik Al-Jadid...) et la presse clandestine, notamment « Sawt Echâab » (La voix du peuple) organe central du PCOT, et aussi à travers les actions de solidarité organisées à l'intérieur du pays par le « comité national de soutien aux habitants du Bassin minier » et à l'extérieur par les partis et associations démocratiques aussi bien tunisiens qu'étrangers.

3. Des formes de lutte variées et audacieuses :

La répression était toujours de mise pour interdire les manifestations de rue, les réunions dans les locaux des partis et associations reconnus et dans les universités. Cette stratégie sécuritaire s'est avérée « efficace » pour le pouvoir puisqu'elle a réduit la contestation à une sphère limitée en l'empêchant de se développer et de s'élargir. Les actions de contestation sont parues, dans cette atmosphère, comme des actions isolées dans un « océan de paix sociale », imposée en réalité par la terreur policière, et que le régime de Ben Ali s'est mis à vanter aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays comme étant une preuve de la « réussite de ses choix » et de « l'union du peuple autour de lui ». Cependant, ce qui se passe au bassin minier de la région de Gafsa est de toute autre nature.

Les forces de l'ordre ont été incapables de réaliser ce qu'elles accomplissaient aisément par le passé, en réprimant une contestation isolée et réduite à des minorités, ne serait-ce que parce que le mouvement est réellement populaire et que tous ceux et celles qui y ont participé sont déterminés à résister et à continuer leur lutte jusqu'au bout car ils n'ont plus rien à perdre, à part leurs chaines. C'est pourquoi les forces de l'ordre qui sont intervenues violemment au début du mois d'avril 2008 puis au début du mois de mai ont vite perdu du terrain face à la détermination des habitants. Ce que les autorités pouvaient interdire habituellement aux partis et associations même légaux, aussi bien dans leurs sièges que dans les espaces publics, les contestataires l'ont fait au bassin minier à leur guise et sans aucune autorisation de la police. Ainsi, les marches traversaient les rues jour et nuit, les réunions ont lieu dans les espaces publics et les tracts et les bulletins politiques sont distribués en plein jour sous les regards de la police qui se contente de surveiller sans intervenir. Les habitants ont créé un rapport de force, sur le terrain, en leur faveur qui leur a permis de jouir de leurs droits de réunion, de manifestation, d'expression, etc. Les forces de l'ordre n'ont qu'une seule solution pour arrêter le mouvement, c'est la prise pure et simple des villes du bassin minier et le décret de l'état de siège et du couvre feu pour empêcher toute activité (c'est ce qui se produira en effet, plus tard au début du mois de juin – note du traducteur).

4. Un soulèvement spontané mais...

Il est certain que ce soulèvement a été marqué par sa spontanéité. Ce caractère s'est clairement révélé au départ du mouvement et l'a accompagné au cours des premières semaines. On entend par spontanéité l'absence de direction politique qui organise le mouvement, le dote d'une plateforme de revendications, le dirige sur le terrain et lui fait éviter les débordements et les provocations des agents du pouvoir. Mais cette carence a été dépassée au fil des jours, principalement dans la ville de Redeyef, alors qu'elle marque encore, à des degrés divers, le mouvement dans les autres villes. A Redeyef, la prise de conscience s'est traduite par l'élaboration d'une liste de revendications et d'un plan d'action qui tient compte de l'état des rapports de force et surtout de l'état d'esprit des masses de telle sorte qu'elles soient elles-mêmes convaincues de ce qu'elles font et de ce qu'elles ont à faire encore. L'existence d'un noyau de militants syndicalistes et politiques de gauche a joué et joue encore un rôle déterminant dans la prise de conscience du mouvement et dans son organisation. En réalité, la ville de Redeyef a fait dès le début exception dans le bassin minier. Les difficultés apparues au début du mouvement ont été très vite aplanies, ce qui a permis de dépasser les chefs de tribus et les responsables locaux et régionaux qui sont à l'origine de ces difficultés visant à diviser le mouvement, semer le doute en son sein et discréditer ses dirigeants. « Le comité de négociation », dont les membres ont été désignés par des assemblées syndicales, ainsi que sa ceinture large composée de syndicalistes de tous les secteurs et de militants politiques démocrates et progressistes, ont montré beaucoup de maturité et de sagesse dans l'encadrement et l'orientation du mouvement. Ce que l'on a même nommé « la deuxième trêve » (la suspension des marches, des manifestations et des grèves pendant 15 jours pour créer, à la demande des autorités, un climat propice aux négociations) a tellement renforcé le mouvement en lui permettant de reprendre son souffle et de se réorganiser, que personne ne doute de la capacité de ses dirigeants à gérer les situations difficiles, déjouer les man½uvres du pouvoir et éviter l'avortement du mouvement. Il a confirmé la conviction que ces dirigeants représentent les véritables chefs et les vrais porte-parole des habitants.

Sur un autre plan, il importe de remarquer l'évolution de la conscience des masses et des éléments actifs parmi elles. La lutte éduque ceux qui y participent et développe leur conscience beaucoup plus rapidement que les discours. En effet, les masses populaires qui ont adhéré au mouvement se sont trouvées directement impliquées dans « les affaires publiques ». Elles débattent leurs problèmes et leurs préoccupations, elles débattent également la situation générale dans le pays, s'échangent les informations et lancent des critiques acerbes au régime de Ben Ali... elles découvrent par la pratique le caractère despotique et dictatorial de ce régime et le fait qu'il soit au service des riches et qu'il n'ait rien à voir avec leurs intérêts et leurs aspirations. Elles découvrent aussi leur propre force et par conséquent leur capacité à résister et à s'imposer. Les symboles du pouvoir dans la région, tels que le maire, la police, la garde nationale, les structures du parti au pouvoir (comité de coordination, cellules territoriales et professionnelles...), se sont effondrés face à leur volonté. En un mot, discuter politique à Redeyef n'est plus ni « interdit » ni « dangereux » ni limité à une poignée de « têtes brulées » ! C'est plutôt devenu une pratique ordinaire, un droit que tout le monde exerce sans peur et sans attendre l'autorisation de quiconque. En fait, tout le monde critique le maire et le gouverneur et Ben Ali même, en évoquant surtout l'enrichissement extrême de ses gendres ainsi que des membres de sa famille et de ses proches en général.

Plus près de Redeyef, à Moularès précisément, une tente installée par les diplômés-enchômagés a abrité un groupe de jeunes. Leur expérience au cours de leurs études à l'université d'une part et l'ouverture sur leur entourage politique et syndical d'autre part, les ont aidés à élaborer rapidement leurs revendications spécifiques qu'ils ont su intégrer dans une perspective politique plus large. Cette expérience les a préparés progressivement à se transformer en un noyau important dans le mouvement, exerçant surtout une influence considérable auprès des intellectuels. Néanmoins, ce noyau n'a pu se transformer en une direction du mouvement tout entier. En effet, il n'a pu bénéficier du même soutien syndical et politique que le mouvement à Redeyef.

Malgré tous ces éléments positifs, il faut reconnaitre que ce soulèvement populaire est resté marqué par sa spontanéité et par l'absence d'une vision politique globale qui l'oriente. Le pouvoir a essayé à plusieurs reprises d'exploiter cette faille pour faire éclater le mouvement de l'intérieur. Tantôt, il a répandu des rumeurs selon lesquelles le « président Ben Ali » allait intervenir pour « résoudre tous les problèmes et satisfaire toutes les revendications » ; Il fallait donc cesser le mouvement pour montrer « sa bonne foi ». Tantôt, il a propagé des mensonges aux dépens des dirigeants du mouvement dans telle ou telle autre ville pour empêcher le développement d'une solidarité entre les différents centres du mouvement et les isoler les uns des autres. Certes plusieurs facteurs, d'ordre plus général, ont contribué et contribuent encore à empêcher le mouvement de s'unir au niveau régional et de s'étendre à tout le pays et mobiliser toutes les classes et couches populaires. Pourtant, les revendications des habitants du bassin minier les intéressent toutes, étant donné qu'elles subissent les mêmes injustices.

5. Faiblesse de l'opposition politique :

L'un des premiers facteurs de faiblesse de l'opposition politique réside dans les séquelles qu'elle traîne encore des « années de plomb ». Mais au lieu de profiter de ce soulèvement pour élargir sa base sociale, en faisant siennes les revendications des masses populaires, la majorité de cette opposition n'a pas manifesté l'intérêt qu'il faut pour un mouvement aussi important. Plus le mouvement progresse, plus se creuse l'écart la séparant des masses populaires. Même l'élan médiatique qui a accompagné le mouvement à ses débuts a régressé plus tard. Les chefs politiques, surtout ceux des partis légaux, qui peuvent accéder plus facilement à la région ne se sont pas souvent déplacés sur place pour essayer de mobiliser les gens aux côtés du mouvement. Même leurs visites n'ont pas été suivies d'activités médiatiques et politiques qui auraient pu contribuer à la levée du siège, imposé aux populations contestataires, et donner à leur mouvement la dimension nationale dont elles avaient besoin. On ne peut expliquer cette situation par le simple fait que « l'opposition est encore affaiblie » car, comme on l'a déjà dit, les partis intéressés auraient pu exploiter ce mouvement pour surmonter leurs faiblesses, mais des obstacles d'ordres idéologique et politique se sont élevés pour les empêcher d'atteindre ce but. En effet, ces partis ne disposent pas de solutions réelles à proposer aux populations de la région et au peuple tunisien en général. Et même s'ils s'opposent au despotisme et sont pour une libéralisation politique, ils sont souvent des adeptes de l'économie capitaliste libérale avec tout ce qu'elle implique comme privatisation et désengagement de l'Etat. Ils acceptent également la présence ou plutôt la domination du capital étranger dans le pays sous prétexte d'encourager les investissements extérieurs, car ils les considèrent comme un facteur de développement et non de freinage, de pillage et de destruction de l'économie tunisienne et de renforcement de sa dépendance. Par conséquent, un soulèvement comme celui du bassin minier contredit le discours de tous ces partis libéraux sur les prétendus avantages de l'économie de marché. Ils se sont ainsi trouvés dans l'embarras, incapables de faire une critique profonde des choix économiques et sociaux du régime de Ben Ali. Dans le meilleur des cas, ils se bornent à une critique partielle des effets et non des causes de ces effets.

Certaines forces qui prétendent être de gauche, « progressistes », continuent à observer le mouvement de loin, soit parce qu'elles n'ont rien à lui offrir en se limitant à « l'expression de leur solidarité » comme si les évènements se déroulaient dans « un pays voisin » et non dans le nôtre, soit par esprit sectaire, considérant qu'un soutien actif au mouvement profiterait à tel ou tel parti (le PCOT par exemple), soit purement et simplement parce qu'elles s'opposent au soulèvement de crainte d'altérer leurs relations avec le pouvoir et la bureaucratie syndicale et aussi parce que la « révolte du bassin minier » dément clairement leur phraséologie autour du « recul du mouvement populaire» utilisée pour justifier leur défaitisme. Quant aux islamistes, ils sont absents, ils n'arrivent pas à se remettre de la dure répression qu'ils ont subie durant ces deux dernières décennies, ils se sont limités à publier, seuls ou avec d'autres forces politiques dans le cadre du « collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés », des communiqués de solidarité avec les habitants du bassin minier. L'aile « salafiste » (ou « jihadiste ») de ce courant, qui fait face elle aussi à une campagne de répression au nom de la « participation aux efforts internationaux pour la lutte contre le terrorisme », ne s'est pas sentie concernée par ce genre de mouvement social dont l'esprit, les revendications et les mots d'ordre sont loin d'être religieux.

Enfin, quant aux véritables forces démocratiques et progressistes, y compris notre parti, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie, elles ont pris conscience de l'extrême importance du mouvement du bassin minier. Elles lui ont apporté et lui apportent encore un soutien concret, soit directement, avec la participation de leurs militants, soit indirectement, en informant et mobilisant les travailleurs et les jeunes desautres régions afin de dénoncer la répression sauvage qui s'abat sur les masses populaires du bassin minier et appuyer leurs revendications légitimes. Néanmoins, ces forces ont buté, il faut le reconnaitre, sur les limites de leur implantation dans la région, bien qu'elles occupent une position meilleure que celle des forces libérales, réformistes ou islamistes. Et même si cette position leur a permis d'avoir, selon les villes, une influence sur le mouvement, elles n'ont pas pu ou plutôt, elles n'ont pas eu les forces nécessaires pour unifier le mouvement dans les différentes villes du bassin minier ou des autres régions. Cependant, avec le travail qu'elles font et le crédit qu'elles ont gagné auprès des masses populaires, elles sont capables d'accumuler de nouvelles forces et de vaincre leurs points faibles.

6. La trahison de la bureaucratie syndicale :

C'est peut-être la première fois que la fureur populaire se dirige ainsi contre l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et précisément vers l'Union Régionale et les syndicats miniers. En effet, l'indignation des gens (traduite par des marches, des communiqués et des discussions) n'a pas été seulement exprimée à l'égard du régime, mais elle a touché les symboles de la corruption syndicale. Ces symboles, outre leur acceptation du résultat du concours, organisé par la CPG, leur implication dans l'esprit des hordes, des relations personnelles et de la corruption, et leur exploitation directe des ouvriers au moyen de sociétés de sous-traitance, ont une responsabilité dans la dégradation de la situation dans la région. L'UGTT et les syndicats miniers n'ont pas seulement gardé le silence, au contraire, ils ont refusé, lors du dernier conseil régional, de présenter tout simplement les contestations des habitants de la région. Bien plus, ils ont publié plus tard un communiqué (en 12 points, daté du moi de mai 2008) dans lequel ils se sont attachés aux résultats du concours en recommandant d'embaucher le plus tôt possible « les admis », défiant ainsi d'une manière claire les revendications des contestataires. L'autorité syndicale régionale, avec à sa tête Amara Abassi, a suscité l'irritation des populations et fait l'objet de leur indignation. Quant aux autres syndicats, ils ont fait preuve d'indifférence et c'est peut-être la région de Redeyef qui a une nouvelle fois fait l'exception la plus remarquable puisque les syndicalistes locaux, et le secrétaire général de l'union locale en tête, ont soutenu les contestataires et contribué activement à leur action.

Quant à la centrale syndicale, elle a comme d'habitude ignoré ce qui s'était passé dans la région. Elle a, en effet, feint d'envoyer "une commission d'enquête" composée de deux membres du bureau exécutif et du secrétaire général du Syndicat général de l'enseignement de base, originaire de la région. Et, comme prévu, cette commission n'a eu aucun effet sur la réalité syndicale dans la région. En fait, Abassi a continué à bafouer les intérêts des ouvriers et à man½uvrer contre les contestataires. Mais, si on s'attendait à ce que la bureaucratie syndicale ait un comportement honteux et hostile envers les ouvriers et les déshérités du bassin minier, tout le problème est dans la passivité, sinon l'indifférence des secteurs syndicaux traditionnellement réputés par leur combativité. Beaucoup d'observateurs se sont demandés où étaient passés les secteurs de l'enseignement de base, de l'enseignement secondaire, de la santé, etc. alors que les leaders de ce remarquable mouvement contestataire appartiennent à ces secteurs et ont été victimes d'incarcérations et de tortures. Où est passé à son tour le secteur des postes? En effet, les syndicats généraux n'avaient pas publié de communiqués, ni organisé des actions de soutien. Ceux qui ont soutenu le mouvement étaient des syndicats de base, des syndicats locaux ou régionaux plutôt que des syndicats généraux qui avaient gardé le silence par crainte du Secrétaire général de l'UGTT et de ses courtisans ou par complicité avec eux.

7. L'indifférence des intellectuels

On ne peut aussi que remarquer la passivité de l'ensemble des intellectuels. Exception faite de quelques-uns qui ont été touchés par l'événement et qui l'ont abordé dans des articles, la majorité n'a pas été « ébranlée » ni inspirée par l'ampleur de l'événement. Ce qui prouve la profondeur de la crise que traversent les intellectuels et les créateurs en Tunisie. Ils ont été habités par un sentiment de désespoir et d'impuissance perdant confiance dans le peuple au point de ne plus hésiter à lui tourner le dos le taxant de "lâcheté" et "ingratitude" et à se jeter dans les bras du pouvoir ou se consacrer pleinement à leurs affaires personnelles. Quand le peuple a bougé et qu'il s'est révélé vivace, dynamique et entreprenant, ces intellectuels ne se sont pas remis de leur léthargie et quatre mois de résistance et d'affrontements sanglants n'ont pas pu agir sur leurs pensées et leurs esprits. En effet, ils n'ont même pas signé la moindre pétition pour dénoncer l'oppression et soutenir les masses populaires de Redeyef, Moularès et M'dhilla, villes rongées par le chômage, la marginalisation, la pauvreté et la faim. Ils ont peut-être besoin d'un séisme qui les ébranle pour les tirer de leur sommeil et de leur torpeur.

Il importe de faire une autre remarque. Le soulèvement des villes du bassin minier a porté au devant de la scène les femmes populaires au moment ou le rôle des femmes intellectuelles issues des milieux bourgeois et petit-bourgeois connait un recul sur l'arène de la lutte politique, syndicale et des droits. Au-delà des instances traditionnelles connues, les femmes ont participé et elles continueront à participer avec efficacité aux sit-in dans les tentes, si bien que la « tente des 11 femmes » à Moularès est devenue des plus réputées. Ces femmes se sont hâtées de l'installer dès les premiers jours devant le siège social de la CPG à Moularès. Ces veuves ont pu résister plus d'un mois malgré toutes les contraintes, y compris les pressions de leurs familles.

Dans cette bataille, Khira Laâmari s'est nettement distinguée en ne quittant pas le siège de la cellule destourienne du parti au pouvoir pendant plus d'un mois. Elle a insisté pour y rester malgré ses malaises chroniques et sa grossesse (9ème mois). Elle n'a quitté les lieux que vers l'hôpital où elle a accouché d'une petite fille qu'elle a appelé "Intissar" (Victoire). En parallèle, les femmes fréquentent désormais, par dizaines puis par centaines, le siège de l'union locale de l'UGTT de Redeyef, pour assister par exemple aux meetings et organiser des marches de contestation. Parmi elles, il y a celles qui sont dévoilées, celles qui portent le foulard traditionnel (bakhnoug) et celles qui sont voilées. Elles ont quitté le foyer et la cuisine pour exprimer leur souffrance ainsi que celle de leurs enfants.

Ce mouvement aurait dû éveiller l'attention des femmes intellectuelles, les progressistes en particulier, pour élargir la base du mouvement féminin face à la dictature et aux courants fondamentalistes et passéistes. Mais, à l'exception d'une seule réunion organisée par l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates trois mois après le déclenchement des événements, les intellectuelles qui se disent « féministes » sont restées inactives ; elles ont même manifesté une indifférence totale vis-à-vis de ce mouvement qui attaque en profondeur leur égoïsme petit bourgeois, leur vanité, leur indolence et leur tendance au bavardage autour de la propagation du port du voile sans agir concrètement pour affronter les problèmes réels des femmes et leur apporter l'encadrement et le soutien nécessaires.

8. Sympathie populaire, mais...

Bien que le mouvement ait maintenant atteint son quatrième mois, il ne s'est pas étendu pour revêtir un caractère national et englober les différentes classes et couches populaires victimes de la politique économique et sociale réactionnaire du régime de Ben Ali et de son entourage. Exception faite de certaines protestations locales limitées dans le temps et la fréquence, le mouvement n'a pas réussi à mobiliser les autres régions ; il n'a même pas mobilisé la région de Gafsa dans sa totalité. En effet, ceux qui se sont soulevés dans la région de Gafsa sont les chômeurs à Zanouche, les paysans pauvres mêlés aux ouvriers retraités et aux démunis en général pour revendiquer de creuser des puits permettant de surmonter les grandes difficultés météorologiques (Redeyef et M'dhilla), de régulariser la propriété foncière des terres agricoles (Redeyef) et de mettre en ½uvre des pistes rurales et leur asphaltage (M'dhilla).

Il est sûr que certains facteurs ont contraint le mouvement à rester local, mais on ne peut pas les limiter aux facteurs subjectifs, c'est-à-dire à la faiblesse des forces politiques de l'opposition ou à la trahison de la bureaucratie syndicale ; il faut également prendre en compte les facteurs objectifs. Le déclenchement du soulèvement du bassin minier est lié à des causes locales, c'est-à-dire les résultats du concours de recrutement organisé par la CPG et non à des causes générales touchant tout le pays, telle que la hausse du prix du pain lors de la "révolte du pain" en 1984 qui a pris une dimension nationale malgré l'absence d'encadrement politique et la complicité de la bureaucratie syndicale avec le gouvernement de l'époque.

S'agissant de la révolte du pain de 1984, il faut remarquer que la jeunesse estudiantine a joué un rôle important dans la révolte du pain. En fait, sa manifestation dans les rues le 3 janvier 1984 à Tunis a eu un effet déterminant pour mobiliser les jeunes des quartiers pauvres et les entraîner dans le mouvement. Dès que l'information concernant les manifestations et les affrontements dans la capitale s'est propagée, les gens sont sortis manifester à travers toutes les régions et villes du pays, ce qui a obligé Bourguiba à revenir sur la décision concernant la hausse des prix.

Cependant, bien qu'elle soit présente dans la majorité des villes, par comparaison avec le milieu des années 1980, la jeunesse estudiantine a perdu aujourd'hui le rôle qu'elle jouait pour plusieurs raisons qu'on ne peut évoquer ici. Les actions de solidarité étaient donc limitées. Il est évident que, faute de support, qu'il soit syndical (1978) ou estudiantin (1984) ou politique, il est difficile que le soulèvement du bassin minier dépasse son cadre local. Finalement, l'esprit général des masses populaires diffère aujourd'hui de celui du passé. En effet, malgré la dégradation de leurs conditions sociales et en dépit de leurs plaintes et colère, elles sont démobilisées. Ceci est la conséquence de deux décennies de répression, de peur, de frustration et de dégradation des liens de solidarité, d'autant plus que les grèves de soutien ont été légalement interdites depuis 1996 avec l'accord de la centrale syndicale. C'est aussi à cause de l'effritement des grands centres de travailleurs à la suite de la privatisation du secteur public avec ses corollaires, la compression du nombre d'ouvriers et de salariés et la précarité de l'emploi. Sans oublier le développement d'un esprit individualiste et opportuniste, dans ce climat de "libéralisation" sauvage. Mais une telle situation est susceptible d'être renversée de fond en comble avec l'aggravation des problèmes sociaux et surtout l'absence de perspectives.

9. Les perspectives du mouvement

Le soulèvement des habitants du bassin minier ne s'est pas interrompu. A chaque fois que l'autorité a cru qu'il s'était calmé, les protestations ont repris de plus belle, avec plus d'audace et de détermination. Il est fort probable que ce mouvement dure encore longtemps puisque le pouvoir n'a manifesté jusqu'à maintenant aucune disposition pour satisfaire les revendications des habitants, du moins les plus urgentes. D'autre part, ces derniers n'ont fait apparaître aucun signe de repli. En fait, de jour en jour, ils deviennent plus unis et plus forts et font varier les formes de lutte (marches, sit-in, grèves...).

Mais, on s'attend aussi à ce que le mouvement/soulèvement reste local, car les facteurs qui ont fait obstacle à sa propagation, au moins, à toute la région de Gafsa, ne sont pas faciles à surmonter en une période de temps aussi limitée. Mais personne ne peut prédire l'avenir. Si le mouvement atteignait la ville de Gafsa, nous ne croyons pas que cela n'aurait aucun effet sur les autres régions du pays. Cela donnerait plutôt au mouvement d'importantes dimensions politiques. Des événements ou des explosions peuvent également se produire dans telle ou telle région d'autant plus que les conditions sociales sont susceptibles de se dégrader à cause de la hausse continuelle des prix, l'accentuation du chômage, la gravité des écarts sur les plans social et régional et l'accentuation de la corruption. De cette façon, le mouvement des habitants du bassin minier pourrait connaître de nouvelles dimensions. Néanmoins, nous ne pourrons pas désormais fonder nos jugements sur des hypothèses, nous devons plutôt prendre la réalité en considération, agir en fonction de cette réalité et rechercher des moyens susceptibles de permettre au mouvement d'atteindre les objectifs escomptés sous un tel rapport de force. De ce point de vue, nous croyons qu'il est urgent d'unifier les composantes du mouvement dans les trois villes du bassin minier et pourquoi pas former une direction commune dans les trois villes en attendant que la ville de Métlaoui se joigne au mouvement.

D'autre part, la chose la plus importante pour assurer au mouvement la continuité et préserver sa pérennité, voire l'élargir, est de chercher à organiser les habitants dans des cadres appropriés et selon les possibilités soit selon les centres de travail et d'études, ou selon les quartiers. Le rôle de ces cadres consistera à désigner ou à élire les dirigeants au niveau local, à discuter des problèmes posés, à prendre position vis-à-vis des problèmes rencontrés, à mettre au point des plans d'action et à aider les citoyens et citoyennes, qui n'ont plus confiance en l'autorité, à gérer leurs affaires. Cet itinéraire démocratique est aisément applicable et c'est l'un des facteurs susceptibles de promouvoir le mouvement sur les plans politiques et organisationnels.

Finalement, nous croyons qu'il est indispensable d'accorder aujourd'hui plus d'intérêt au mouvement de solidarité dans les différentes régions du pays. C'est selon ce critère qu'on peut réviser la structure du Comité national de solidarité pour qu'il soit vraiment national et qu'il englobe toutes les forces qui peuvent adhérer à la campagne de solidarité, telles que les partis, les associations, les comités syndicaux et les personnalités. En effet, ce comité a vu le jour dans un cadre relativement restreint et selon une vision limitée qui est actuellement dépassée.

Une répression sauvage [1]

Le soulèvement du bassin minier a duré plus que cinq mois. Le 6 juin 2008, le régime de Ben Ali l'a sauvagement réprimé. Des milliers d'agents des forces de l'ordre ont été lancés contre la ville de Redeyf, bastion de la résistance. Ils ont ouvert le feu sur la foule causant un mort et 26 blessés dont un qui a succombé quelques semaines après à ses blessures. Ils ont ensuite investi les quartiers populaires qu'ils ont pris maison par maison. La police fasciste de Ben Ali a défoncé les portes des maisons terrorisant, agressant et humiliant les habitants et a pillé leurs biens. Les commerces n'ont pas été épargnés, ils ont été à leur tour saccagés et pillés.

Les jeunes, moteur du soulèvement, ont été pris pour cible principale, ils ont été agressés et arrêtés par dizaines. Des centaines d'entre eux ont quitté leurs maisons pour se réfugier dans les montagnes proches de la ville.

Dans la nuit du 6 au 7 juin, l'armée a investi la ville et occupé ses principales rues et places décrétant le couvre-feu et imposant aux habitants de ne pas quitter leurs demeures. Elle a bloqué l'entrée sud de la ville ainsi que tous les accès aux montagnes où se sont réfugié des centaines d'activistes et de jeunes pour empêcher leurs familles de leur fournir de la nourriture et de l'eau potable.

Les dirigeants du soulèvement, dont notamment Adnane Hajji, Bachir Abidi, Taïeb Ben Othmane et Adel Jayar, ainsi que des centaines d'activistes ont été arrêtés, sauvagement torturés et incarcérés.

Après Redeyef, les forces de l'ordre ont attaqué la ville de Metlaoui et y ont perpétré les mêmes crimes contre les habitants. Des dizaines d'activistes et de jeunes ont été arrêtés, torturés et transférés devants le tribunal de Gafsa qui leur a infligé de lourdes peines de prison ferme allant jusqu'à 6 ans.

Les dizaines de simulacres de procès qu'ont subi les activistes et les jeunes des villes du bassin minier où les droits de la défense ont été systématiquement bafoués, les peines prononcées à leur encontre basées sur des dossiers vides ou des "aveux" arrachés sous la torture et la connivence des juges avec la police politique démontre clairement que la "justice" est totalement inféodée au régime de Ben Ali et qu'elle joue un rôle principal dans la criminalisation des luttes sociales.

Le 4 décembre 2008 est la date de l'ouverture du procès "des 38" activistes et dirigeants du soulèvement de Redeyef.

# Posté le mardi 13 janvier 2009 11:21

lettre de staline

lettre de staline
lettre aux Editions pour enfants prés le CC de la Jeunesses
communiste pan-Unioniste
16 février 1938
je suis absolument contre l'édition des récits sur l'enfance de staline le livre abonde d'une masse d'ineexactides de fait, d'alterations,d'egxagérations,d'eloges,non mérités. des amateures de contes, des baratineurs( et-etre des baratineures"honnetes"),des adulateurs ont induit en erreur l'auteure.c'est dommage pour l'auteur,mais un fait reste un fait.
mais ceci n'est pas l'important réside en ce que le livre a tendance à enraciner dans la conscience des enfant soviétiques(et le gent en géneral)la culte des personnalités,des dirigeants,des héros infiallibles.
cést dangereux,nuisible,la théorie des"héros" etde la "foule" n'est pas bolchévik,mais une théorie s-r*.les héros font le peuple,le transforment de foule en peuple,ainsi parlent les s-r .les peuple fait les héros;ainsi répondent les bolchéviksaux s-r.le apporte de l'au au moulin de s-r.
N'importe quel livre comme celui-ci va apporter de l'eau au moulin des s-r,va nuire à notre cause bolchévik commune.
Je conseille de bruler ce livre.


J .Staline.
Voprosy Istorii n°II,1953
(questions d'histoire)

* socialistes-révolutionnaires





# Posté le mercredi 10 septembre 2008 15:59

Union de la Jeunesse Communiste Tunisien

Union de la Jeunesse Communiste Tunisien


L'union de la jeunesse communiste tunisien (UJCT) se réfère à la méthode matérialiste-dialectique et historique élaborée par Marx, Engels, Lenine et Staline. Elle est fondé le 16/11/1987, en tant qu'organisation liée au parti des ouvriers communistes tunisiens (POCT) créé pour tous les jeunes: étudiants, ouvriers, paysans, chômeurs,....
L'UJCT a pour but d'organiser et de pousser les jeunes à participer avec la classe ouvrière, l'avant-garde du prolétariat, au changement de la societé de manière bénéfique pour l'intérêt de tout le peuple exploité, une société meilleure, sans classes ni discrimination, c'est la société socialiste.
L'UJCT est étendue partout en tunisie, surtout dans les lycées et les facultés, elle est reconnue par les chômeurs ainsi que les salariés...
ILALAMEM (en avant) représente son organe central.
L'UJCT a participé en premier rang à tous les débats, les activités, les manifestations des jeunes et les mouvements du peuple tunisien.
Elle a donné beaucoup des sacrifices; ses militants ont connu les arrestations, les prisons, l'expulsion,...
Objectifs

- Organiser toute la jeunesse et l'encadrer par des programmes spécifiques et pratiques.
- Participer à la lutte de classes et de couches sociales pour la libération nationale et sociale et mettre un régime démocratique et progressiste
- Construire une société sans exploitation, sans toute forme de différenciation.
*Actuellement l'UJCT appelle tous les jeunes à se regrouper sur ce qui suit:

- La lutte pour avoir une prime de chômage et l'accès gratuit au soin, au transport, aux activités culturelles et de loisirs pour les chômeurs
- La lutte contre le système d'éducation qui est inconvenable aux attentes des étudiants
- La nécessité d'améliorer les services universitaire: bourse, foyer, restaurant, transport...
- Combattre pour le droit des activités syndicales et politiques
- Soutenir le droit de l'éducation pour tous, gratuite, démocratisée et progressiste
- La lutte contre l'exploitation et les inégalités entre les filles et les garçons
- Lutter pour le droit des jeunes à créer ses propres associations, organisations et clubs de différentes activités: politiques, syndicales, culturelles, sportives...

# Posté le lundi 08 septembre 2008 11:28